14 mai - 12 juin 2014 // "Entre les cailloux" de Jean-Michel Alberola

Pour sa dernière exposition de la saison, la galerie ENTRE présente une série de lithographies de Jean-Michel Alberola. Un généreux cadeau de la part de ce semeur de cailloux (et d'idées) de l'art contemporain.

Jean-Michel Alberola m’avait déjà fait un cadeau : m’accorder une grosse interview pour ENTRE. (Ce qu’il ne fait pas souvent). Le deuxième cadeau fut d’accepter qu’on la publie.

Pendant l’entretien, il me dit : « Ce que je fais, c’est semer des cailloux, c’est tout, je ne fais rien d’autre ». Ricochet. Je le garde en tête.

C’est de toute façon ce que l’on soupçonne lorsqu’il vous parle. Il évoque par bribes condensée une pensée que l’on sent pleine, complexe. La « pensée étendue », comme il l’appelle.

Une dimension vaste. Alors il s’amuse, il part de loin, il est loin. Il faut qu’il rattache l’instant avec l’autre. Il pense plus que ce qu’il révèle. Le temps n’existe pas, il en sort. C’est l’espace qu’il veut toucher en le distillant. Dans le temps. Par-ci, par-là. Des morceaux, des bribes. Des cailloux sur un chemin.

Des morceaux qu’il sert tièdes, crus ou bleux, parfois roses. C’est à nous. A chacun d’en faire ce qu’il veut. De les récolter ou les suivre. « C’est plus mon boulot après » qu’il explique.

Il convoque les formes d’idées et les conjugue entre elles, les lie à des idées en forme de mots, parfois. Une métapensée faite de connexions.

Telle la pythie (je sais déjà qu’il n’aimera pas la comparaison), il évoque. La prophétesse servait dans le temple d’Apollon, dieu de la beauté et des arts. Lui aussi. Et comme dans ce qui était contenu dans ces évocations d’autrefois, une vérité se révèle en ce qu’elle est toute relative. C’est une proposition en somme.

A vous de voir, donc. De voir oui mais… large.

Je reprends. Non, non, non, Jean-Michel Alberola ne prédit rien, il fait, « c’est tout, c’est là ». Non pas pythie mais « chien d’aveugle » ou Petit Poucet.

Lorsque je lui propose d’appeler l’exposition « entre les cailloux », il me répond : « mais c’est toute ma vie ça, Anna »

 

Anna Serwanska, fondatrice de la revue ENTRE

 

     

                         Aération (2009)                                    Astronomie Populaire, Sortie (2009)       Le chapeau du roi de rien est son seul décor (2010)

             

    Communiste et sentimental (2010)                       Constellation (2010)                                              Passe le temps (2010)

         

                                                         Echafaudage II (2009)                                       Eclairage en groupe (2010)

Ils n'ont de rapport avec les temps modernes que par le travail (2005)

          

                          Electrification de la tradition, 1966 [Bob Dylan] (2008)      Une figure accélérée, 1954 [Elvis Presley] (2008)

                    

                                                                      Krlmrx (2010)                                   Salle d'attente... Poczejkalnia (2010)

                  

              Scier la branche sur laquelle nous sommes assis (2008)                Pour le commencement de quelque chose (2009)

            

                        Entrée des cailloux I (2014)                      Entrée des cailloux II (2014)                     Entrée des cailloux III (2014)

 

JEAN-MICHEL ALBEROLA

Né en 1953, Jean-Michel Alberola s’est fait connaître au début des années 1980 par le retour à la figuration et la « peinture cultivée ». C’est dernières années ses œuvres ont été présentées au Musée du Louvre (2005), au Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne et au Musée des Beaux-Arts de Nancy (2008), à la Bibliothèque Nationale de France (2009), à la Maison Hermès de Tokyo (2009). Son dernier film « Koyamaru » cnsacré à un village retiré du Japon rural a été diffusé sur Arte en 2011. Récemment on a pu voir son travail dans le cadre de l’exposition « Mathématiques, un dépaysement soudain » à la Fondation Cartier, « Néons » à la Maison Rouge et « Les maîtres du désordre » au Musée du Quai Branly (2012), ainsi qu’à la Fondation Maeght dans « Les Aventures de la vérité » en 2013.

Le Palais de Tokyo lui consacrera une grande rétrospective en 2015

(extrait biographique édité par la galerie Daniel Templon)

 

La lithographie (du grec lithos, « pierre » et graphein, « écrire ») est un procédé d’impression à plat. La technique repose sur le principe de répulsion de l’eau et de la graisse. On dessine sur une pierre calcaire non poreuse à l’eau, à l’aide d’un crayon ou d’une encre grasse. Les parties non dessinées sont recouvertes d’une solution de gomme arabique. Le procédé se complique un peu lorsque la lithographie a plus d’une couleur. Chaque couleur va nécessiter d’une plaque à part.

Jean-Michel Alberola a commencé à réaliser des estampes dans les années 80 par une première approche via les ateliers de l’URDLA de Lyon.

En 2009, la BNF consacrait une exposition rétrospective de « L’œuvre imprimé » de Jean-Michel Alberola.