CARTE BLANCHE PMU - "Amener les artistes à se dépasser"

Entretien avec Diane Dufour, directrice du BAL, Benoît Cornu, directeur de la communication du PMU et Nicolas Ferrand, fondateur et directeur du Quotidien de l'art.

Revenons sur la genèse de cette Carte blanche PMU.

Benoît Cornu La photo au PMU est née en 2008-2009 avec l’ambition de suivre l’évolution de la marque, de la projeter vers le futur. De mettre en avant le jeu, le lien social, les lieux (cafés, hippodromes) et l’émotion pour révéler ce qu’est le PMU. La photo semblait être un bon médium pour raconter cette variété. Chercher dans le regard des artistes une image réelle ou fantasmée du PMU, telle était l’idée de cette Carte blanche née d’une discussion avec Diane Dufour.

Diane Dufour Le BAL était une vraie salle de bal dans les années folles. Après-guerre, elle fut transformée en PMU qui, jusqu’en 1992, a été le plus grand de France. Alors que j’étais encore directrice de l’agence Magnum, et qu’avec Raymond Depardon et Bertrand Delanoë, nous avons visité le lieu dans la volonté d’ouvrir un espace consacré à la réflexion autour de l’image photographique, il nous a semblé logique d’aller à la rencontre du PMU. Celui-ci a accepté d’être partenaire fondateur du BAL. Je salue d’ailleurs leur courage à ce moment-là. En retour de leur engagement, nous avons voulu faire quelque chose pour eux.

 

Un soutien à la jeune création…

Benoît Cornu Notre volonté première n’était pas de soutenir la jeune création mais il s’est avéré que cela lui a servi. Les jeunes ont ce regard souple, polymorphe. Cette posture correspond à la stratégie du « pas de côté » du PMU. En retour, nous leur servons de tremplin.

Diane Dufour L’aide à la jeune création est un des axes majeurs développés au BAL. La Carte blanche permettait d’offrir à un jeune talent la possibilité de concevoir, via son prisme singulier, un projet très libre, que nous allions accompagner.

 

Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

Diane Dufour La difficulté est ce qui rend la chose passionnante. Ce n’est pas simple d’accompagner les artistes sur un projet aussi marquant pour eux. Sur quelques mois, cela va de l’idée à la création et sa mise en forme in fine. L’objectif est de les amener à se dépasser. Je me souviens de Kourtney Roy que l’on a beaucoup encouragé à approfondir ce qui était inné chez elle, ce sens de la scénarisation absurde, ce rendu de situations opaques et énigmatiques. C’est ce dépassement qui est fécond.

Benoît Cornu Parfois, les lauréats n’ont jamais édité, jamais fait d’exposition personnelle. Certains hésitent beaucoup, d’autres ne s’arrêtent plus de produire et de pondre des idées, il faut leur dire stop – ainsi pour Mohamed Bourouissa qui fut très prolifique.

 

En 2012, pour la 3e édition, vous lancez un appel à projets et réunissez alors un jury.

Diane Dufour Pour le prestige que cela pouvait apporter d’être sélectionné par un jury rassemblant collectionneurs, responsables d’institutions et artistes. Mais aussi pour faire circuler les idées, donner de l’ampleur et de la visibilité à la Carte blanche, tout en permettant d’ouvrir le champ aux nouveaux talents.

Benoît Cornu Un succès immédiat, surprenant, avec 160 dossiers de candidatures reçus. Côté jury, je me souviens de Jean de Loisy, de Stéphane Couturier, de Nicolas Ferrand, des personnalités engagées. Les entendre débattre sur le thème du PMU, cibler les stéréotypes à dépasser ou au contraire à sanctuariser, c’est extrêmement enrichissant. Seuls, nous n’aurions pas choisi Olivier Cablat, seuls. A chaque édition, après présélection, six ou huit candidats passent devant le jury. Très vite, trois sortent du lot. C’est alors que démarrent les discussions enflammées. Produire, c’est faire émerger.

 

Une belle collaboration entre le BAL et le PMU.

Benoît Cornu Cela a permis à chacun d’évoluer. Ainsi, le cheval de Mohamed Bourouissa que nous avons récemment présenté a été le premier objet d’ordre plastique exposé au BAL. Ou encore, Kourtney Roy, sans nous, n’y aurait jamais été montrée. Or cela fut une de leurs plus grosses entrées.

Le succès de la Carte blanche, on le doit pour un tiers aux artistes, un tiers au BAL, un tiers au PMU et… un tiers au collectif !

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution de cette Carte blanche, vous qui avez assisté en interne à son développement ?

Diane Dufour Nous avons récemment exposé au BAL les derniers travaux des précédents lauréats. J’ai été très touchée de découvrir leur évolution artistique, fière de les avoir accompagnés sur ce petit bout de chemin. Forcément, pendant ces quelques mois très intenses, on échange beaucoup, les liens se créent.

Benoît Cornu Si on m’avait dit que dans cinq ans on arriverait au Centre Pompidou, j’aurais signé tout de suite.

C’est une vraie reconnaissance. Et c’est le chemin parcouru avec le BAL qui nous amène là aujourd’hui. On a beaucoup travaillé à faire exister la Carte blanche. Plus on l’expose, plus on attire des artistes brillants.

Nicolas Ferrand Le monde du cheval de course et l’univers de la création contemporaine ont beaucoup de similitudes et je ne suis pas surpris que les artistes eux-mêmes se prennent au jeu. Le choix de certains lauréats pouvait sembler décalé, voire « léger » au regard de la concurrence. Mais, rétrospectivement, je trouve ces choix encore plus judicieux. D’ailleurs, si les projets développés par les lauréats sont intéressants, leurs parcours les années suivantes ne le sont pas moins. La plupart d’entre eux ont continué à voyager, sorte de transhumance de l’esprit, enrichissant leur travail. J’ai eu le plaisir de croiser Malik Nejmi à Rome alors qu’il était sociétaire de la Villa Médicis, Mohamed Bourouissa s’est installé pendant un an aux Etats-Unis pour réaliser un film qui s’annonce extraordinaire et dont nous avons vu certains dessins préparatoires au BAL, Kourtney Roy est partie pour la Caroline du Sud et nous en rapportant des paysages magnifiques.

 

D’après vous, qu’est-ce qui fait la singularité de la Carte blanche PMU des autres prix d’art ?
Nicolas Ferrand
 Souvent les prix sont associés à une marque pour une marque. La démarche du PMU est celle de passionnés qui ont voulu la rencontre de deux univers que tout ou presque opposait. Celui du pari et celui de la création contemporaine. Et c’est là toute la singularité d’un monde souvent présenté comme fermé, celui des courses hippiques, qui a accepté que de jeunes artistes posent un regard sur leurs différences. 

 

Propos recueillis par Anna Ska