Chris Kenny - Labyrinthe de Pan

Les œuvres de Chris Kenny sont à la limite entre la sculpture et le dessin, des « collages-constructions » constitués de morceaux de cartes, de bribes de textes ou d’éléments de photographies, montés sur des épingles et nouvellement réassemblés pour former une seule et même pièce qui joue de l’accumulation. Et inventant par la même occasion des rapports nouveaux entre ces fragments épars, glanés ici et là…

Rectiligne, tout est rectiligne. À la façon d’une maison de poupée avec ses chambres bien alignées comme des boîtes d’allumettes. Ou bien un labyrinthe dans lequel on se perd sans jamais se trouver. Monde cloisonné. Voie sans issue. De casier à casier on ne peut pas communiquer. Comment peut-on vivre ainsi, juste à côté, et puis ne jamais se parler ? Il y a ces murs, ces vides qui nous séparent. Mind the gap.

Partout, juxtaposés, des fragments de cartes, des plans soigneusement découpés. Autant d’horizons bornés, de territoires subjectifs. Certains embrassent d’un regard de vastes espaces, maîtres et souverains, courant le monde comme des affamés. Et puis d’autres gardent les yeux rivés sur la chaussée. Un microcosme quotidien – l’appartement, le pain, la poste et le médecin –, confiné, rassurant. À chacun son échelle. À chacun son destin vu par le petit bout de la lorgnette.

Il y a ces liens qui naissent parfois au hasard d’une route, au détour d’un chemin. Le voisin que l’on croise souvent le matin. Le joggeur du parc, tout vert, avec ses écouteurs. Et puis cet homme fatigué qui n’en peut plus de se traîner. Le bus et le métro, le boulot, le dodo. C’est la vie, c’est la ville. La rencontre soudain surgit comme une échappée belle.

 

Chris Kenny réagit...

"Oui, peut-être bien que cette œuvre se compose de 73 zones de confort. Un plan de ville pour une population de sardines mélancoliques. (Là où je vis se trouve dans au moins un de ces rectangles.)

Ou peut-être bien est-ce un sol ou un mur carrelé, un dessus-de-lit en patchwork ou un jeu de cartes, une collection d’offrandes votives ou un tableau d’affichage, un trottoir en pierre calcaire ou un patio.

Ou peut-être un télestérion : un arrangement de chambres pour la célébration de mystères religieux."

 

OEUVRE : Chris Kenny, Telesterion, 2007, avec l'aimable autorisation de la galerie England & Co, Londres

DECRYPTAGE : Priscille de Lassus