David Lemonnier / Catherine Minot

La Belle Absente...

               A David, que je n’ai pas connu

   Vois-tu, mon aimée, l’eau qui jalonne ton épaule, tes mèches assombries, et ma perspective, sa violente exigence, combien son effacement est entamé

   Vois-tu, ô présence, ton front géminé comment il t’est retourné, et retourné encore l’horizon déjeté, sa courbe bue 

   Cette lumière, ce champ, qu’en saurai-je désormais ; autour de toi l’espace s’offre, béant, gris, exact presque

   Et déjà sur l’onde vaste, morne Styx, une barque floue sans passeur et sans charge

   Te livre, ô longue et lente aimée, à l’infinie réfraction, son cortège – échos, aubes écarquillées, jour perpétuel

 

* La « Belle Absente » est une contrainte littéraire créée par Georges Perec dans le cadre de l’Oulipo. Elle consiste en un poème composé en l’honneur d’une personne, comportant autant de vers que les lettres du nom de la personne en question. Mais pour lequel on s’interdit d’utiliser dans le premier vers la première lettre du nom, dans le deuxième vers la deuxième lettre, et ainsi de suite. Toutes les autres lettres de l'alphabet doivent au contraire être présentes dans chaque vers (exception faite des lettres K, W, X, Y et Z)

 

L'impression floue d'une réalité légèrement soustraite à elle-même. Une évanescence émane des photographies de David Lemonnier. Cela tient peut-être à sa posture. Une retrait, une discrétion face aux sujets. Un regard jamais frontal sur les êtres, les paysages, les choses. Des vues-digressions qui permettent de mieux englober le Tout, somme de parties éparses.