De l'autre côté du rideau

Entre histoire et science, c’est tout le para-monde de la coulisse, l’univers de machines incongrues mais aussi de mots inconnus, qui s’ouvre au visiteur de l’exposition L’envers du décor (au Centre National du Costume de Scène). Du devant (de la scène) à l’arrière (soudain mis en scène), Catherine Join-Diéterle, commissaire de l’exposition, et Alain Batifoulier, muséographe, nous invitent à passer bien au-delà du 4e mur, et à pénétrer la dimension de l’illusion co(s)mique !

Alain Batifoulier : "La visite commence en regardant la salle de l’opéra depuis la scène, par l’œil du rideau que nous avons reproduit. Le public passe de l’autre côté du décor. Certains décors mythiques ont été restitués à grande échelle : le cloître de Robert le Diable, la forêt dans le ballet romantique La Sylphide… Deux boîtes-modules encyclopédiques expliquent, grâce à des films d’animation, les « trucs » du théâtre : comment faire le soleil, le vent, la grêle, comment fonctionnaient les miroirs sans teint, l’opération de « crémation magique »…"

Catherine Join-Diéterle : "Ce qui est paradoxal, c’est que ce sont les techniques contemporaines de scénographie qui nous permettent de révéler les rouages de la scénographie ancienne."

AB : "Ce que l’on veut montrer, c’est vraiment le côté empirique, « bricolage », de tous ces trucages. Au XIXe siècle, nous sommes en plein goût pour l’invention, l’expérimentation : on entre dans le monde de la science… L’électricité arrive dans les théâtres, non pas tant pour l’éclairage que pour les effets spéciaux. C’est cette science du théâtre derrière la magie que l’on veut dévoiler, un peu comme dans un making-of de film!"

CJD : "On est alors déjà dans la logique qui est celle du cinéma d’aujourd’hui. D’ailleurs, lorsque l’on regarde certains effets spéciaux, comme par exemple la transformation d’un arbre en personnage, c’est un peu Transformers avant l’heure !"

AB : "Ce que l’on dévoile, dans l’exposition, ce sont aussi bien les coulisses physiques que les coulisses du savoir. Nous faisons découvrir au visiteur les dessins et maquettes, mais aussi le langage du théâtre : cour et jardin, cintres, pendrillons, praticables, châssis…"

CJD : "Le visiteur pourra tour à tour jouer le rôle du machiniste, du directeur de théâtre, du régisseur, du peintre…"

AB : "Dans la toute dernière salle, nous avons imaginé un espace dans lequel le visiteur se trouvera plongé dans le « premier dessous » : il verra une danseuse monter sur une trappe, les machines, les câbles… Il pourra aussi jouer avec les manipulations : créer le tonnerre, la pluie ou assister à un changement de costumes !"

CJD : "Nous avons, en quelque sorte, créé une mise en abyme du travail scénographique dans cette exposition."

AB : "Avec cette scénographie de scénographie, nous avons procédé de la même façon qu’avec un livret normal, à cette différence près que le scénario mis en scène est notre propre métier."

CJD : "La magie réside aussi dans cette découverte du travail qui s’accomplit, de l’imagination d’un décorateur sur le papier à la mise en volume « en grand », en passant par la création de la maquette. Nous avons pris le parti non pas de montrer que « c’est beau » mais « comment et pourquoi c’est beau »."

AB : "Nous faisons entrer le visiteur dans un kaléidoscope géant qui va lui permettre de découvrir les coulisses dans toutes leurs dimensions !"

par Céline Torrent

Conservateur : Catherine Join-Dieterle

Muséographe : Alain Batifoulier

Visuels :

- L’atelier des décors de l’Opéra aux Menus-Plaisirs (rue Richer), vers 1840 © BnF Bibliothèque – musée de l’Opéra de Paris

- Trappe ascendante en étoile dite trappe anglaise © Illustration Georges Moynet, dans l’ouvrage Trucs et décors

- Dans les coulisses de l'Opéra Garnier © Illustrations Paul Renouard dans Monsieur Paul Renouard et l'Opéra de Jules Claretie - La Gazette des Beaux Arts, mai 1881