Désirs échevelés - Donald Gjoka

Photographe de mode, Donald Gjoka aime à jouer avec les codes du genre pour créer des séries minimalistes et contrastées, où l’épure du noir et blanc, la captation du mouvement et les jeux de cadrage donnent une véritable force d’abstraction à ses clichés. Plongée dans un flux de sensations.

ton visage effacé, tes cheveux tressés par le vent, mon désir pressé... qu’en faire ?

tu fuis et me donnes tout pourtant : la possibilité de saisir ce frémissement

merci

toi qui t’offres, tout en mouvement

je veux entrer avec toi dans ce tourbillon, communier dans ce chaos

à nous deux nous en viendrons à bout,

ou plutôt non : nous plongerons dedans, yeux ouverts, langues déliées

comme une danse entêtée qui viendrait renverser les astres

 

un détail suffit, la crinière provoque le galop

rien ne manque, tout est là

il n’est pas question ici de tout comprendre

il s’agit de caresser,

de se laisser guider

toi-même tu sais…

cet oeil, trou noir désespéré,

il est bordé d’une mer sucrée

 

Skunk Anansie dans mon lecteur cd démodé

« just because you feel good »

c’était quoi

ce crâne rasé qui me fascinait ?

ce geste nouveau à l’aube de mon adolescence

la beauté n’est pas dans le canon standardisé

mais dans le cri d’une singularité

un noir et blanc coloré

des formes qui se laissaient rêver

puis advint l’étrange étreinte du réel

les corps insouciants, trop vite dévorés

 

retour de bâton

effet boomerang incontrôlé

les caresses du temps m’ont brûlé

et c’est moi-même que j’ai défiguré

autoflagellation

sans le vouloir

sans le prévoir

tout s’est accéléré

et soudain tu étais Daphné

trop précipitamment saisie par ma main maladroite

succombant à l’étreinte

tu disparais

et c’est moi-même que j’ai asphyxié

fixé

désaxé

… laisse-moi juste te regarder

 

 

Donald Gjoka nous répond...

Ma série de photographies intitulée Flow tente d’illustrer l’indépendance que les femmes ont pu acquérir au sein de l’industrie de la mode. Il s’agit de cette liberté de pouvoir s’exprimer soi-même et d’exploiter au maximum sa féminité en faisant usage d’un des plus importants constituants de la beauté (selon cette même industrie) : la chevelure. Sans véritablement vouloir exacerber la vitalité des visages, je cherche plutôt à mettre en avant les formes éblouissantes d’une chevelure qui s’affranchit. « Flow », flot, flux, comme ces chevelures qui prennent vie et flottent dans les airs.

Photographies : Donald Gjoka, photographies extraites de la série Flow, avec l’aimable autorisation de l’artiste

Perception : Fitzgerald Berthon