Destruction naturelle : Sandra Plantiveau vs. Piet Mondrian

Fruit d’un geste long et minutieux, les dessins de Sandra Plantiveau sont des explorations immersives de la matière. Matières minérales et végétales (pierres, écorces de bois…) qu’elle représente, mais aussi matière même du dessin : fibres du papier comme grain du crayon. À travers une série de peintures d’arbres, Piet Mondrian fut, lui, un des premiers à s’affranchir de la figuration. À la représentation naturelle des choses, il préfère la « représentation des lois qui tiennent la matière ensemble ». L’un comme l’autre se jouent de la frontière toujours plus ténue avec l’abstraction.

                   Sandra Plantiveau, Pin Laricio, 2013.                                                      Piet Mondrian, L’Arbre rouge, 1909

Naître sur la toile, cʼest déjà ne plus sʼappartenir. Derrière un rideau de pluie, lʼarbre peint déploie péniblement une ramure griffée. Quel est son nom ? Ce doit être écrit sur cet ostracon qui le condamne.

 

                           Sandra Plantiveau, Pin laricio, 2013                                                                Piet Mondrian, L’Arbre gris, 1911

Mais dans le souffle hurlant de vents contraires, le destin se retourne, blessé à vif. Un ultime effort des bras de bois voit la prison crever. Rejetons, frémissez à lʼair libre, un tronc vigoureux vous projette vers la délivrance !

 

                      Sandra Plantiveau, Bâton, 2010                                                      Piet Mondrian, L’Arbre rouge

Quel bonheur que dʼétirer ses membres avec un compas ! Cʼest à présent un combat pour lʼespace, les courbes le rempliront mieux en repoussant la carapace éclatée. Avec lʼingrate vigueur des fous de vie, les branches se font balais.

 

                                        Sandra Plantiveau, Priape, 2009                                                      Piet Mondrian, Pommier en fleur, 1912

Il est un âge béat, à lʼacmé des puissants. Cʼest un âge mûr qui porte des fruits, qui emprunte la douceur et lʼondulation parfaite des paysages toscans. Libre, la créature apaisée se mue en chandelier vert dʼeau.

 

                                                                    Sandra Plantiveau, Poutre, 2011                                          Piet Mondrian, Composition n° 6, 1914

À trop charpenter son existence, son nom sʼest perdu, sa forme aussi. Dans le mélange des cases, la fantaisie domptée se renouvelle en harmonie confuse. Nʼaccuse personne, vois plutôt la poutre dans ton oeil.

 

                               Sandra Plantiveau, Petit éclat, 2012                                            Piet Mondrian, Composition n° 10, 1915

Rendu fatalement sourd par lʼexplosion, il se désintègre. Quoi donc ? Ah oui, cʼétait un arbre, il y a si longtemps. Eparpillées en petites croix, les frondaisons dʼun cimetière se répandent autour dʼun coeur charbonneux. Défaite de la matière, évocation peinte.

 

 

Peu à l’aise avec l’exercice de la réaction, Sandra Plantiveau a préféré simplement nous donner ses quelques premières impressions sous la forme de mots-clés.

« Tordre – Danser – Brûler – Ne pas contempler – Mesurer avec les pas – Déraciner – S’éloigner – Retracer – Segmenter – Dissoudre – Capture – Disperser – Révéler – Déstructurer »

 

Par Thomas Lapointe

Textes Camille de Forges

Reproduction des oeuvres de Sandra Plantiveau avec l'aimable autorisation de la galerie PAPELART