Guillaume Steudler / Louis Aragon

« Ô paysages électroniques ! Le paysage, cela commence avant les poètes. Au sud de Paris, à partir de Châtillon, les mathématiques modernes et la physique atomique règnent au-dessus des pavillons d'hier. »

Guillaume Steudler : « Ce qui a retenu mon attention dans cette citation, c’est la possibilité qu’un paysage puisse être le berceau qui accueille la naissance du poète. Celle-ci est "hors du commun" et permettra peut-être au paysage lui-même d’exister par le regard reconnaissant que le poète portera sur lui. J’ai souhaité représenter ce moment d’attente et de tension électrique. Le cadre est une aire de jeux pour enfants, dissimulée au cœur d’une "jungle urbaine électronique" (fougères et circuits électroniques s’entremêlent). Au milieu de cette clairière trône une structure géométrique. C’est une cage dans laquelle les enfants ont l’habitude de jouer. La scène est vide, telle une cité perdue. Une panthère au premier plan assiste à l’événement et prend à partie le spectateur. Un diadème électronique au front imprime l’instant dans sa mémoire. Elle guette, et son regard soutenu semble échauffer l’esprit du lieu. Un pigeon est présent à proximité de la construction. Va t-il rester en cage ou s’en extraire, se fondre dans le décor et la structure se déliter avec lui ? Le félin scrutateur va t-il dévorer ce volatile anonyme ? Ou, devenu électron libre, l’oiseau va-t-il répondre à l’appel du fauve et, par sa métamorphose, faire vivre un nouveau "pays d’âge" en retour ? »

Citation : Louis Aragon (Blanche ou l'oubli, 1967)

Illustration : Guillaume Steudler