Je vais et je viens

Dans La Mer, Ange Leccia filme d’un point de vue frontal inhabituel le va-et-vient des vagues sur le rivage corse, où, dans un mouvement régulier, l’écume blanche vient s’échouer sur le sable noir. Dans Les Oiseaux, Laurent Grasso capture le vol de milliers d’étourneaux au-dessus de la ville de Rome, chorégraphies célestes pleines de mystères, lointaines réminiscences des augures antiques. D’une vidéo à l’autre, un dispositif minimaliste qui invite à la contemplation, provoque l’abstraction et défie l’intemporalité.

Peuples du monde, prenez de la hauteur et laissez vos regards suivre la lame acérée des flots, ces inlassables jets d’écume qui dessinent les chaînes immatérielles de nos songes. Liez votre souffle et les battements de votre cœur à la fréquence sourde des pics et des crevasses du ressac. Soyez solidaires comme un soldat prend la place d’un compagnon fauché devant lui, comme une nouvelle vague succède à celle qui s’éteint sur le rivage.

Peuples du monde, restez humbles lorsque vous levez les yeux vers les nuées, gardez le silence devant les calligraphies du ciel et n’interprétez aucun de ses signes. Danse de séduction hypnotique adressée au cycle des jours et des nuits, contemplez la chorégraphie géante qui se démène dans les vapeurs roses du soir. L’obscurité s’annonce, effrayante, il faut tenter de l’apprivoiser. Corps fraternels d’un tout mouvant, les oiseaux appliquent de monstrueuses empreintes digitales sur une vitre imaginaire.

Peuples du monde, cédez à la fascination des harmonies naturelles, de leurs vains efforts pour contrer l’inexorable et psalmodiez tout bas la mystérieuse beauté du pacte sauvage tracé par des rémiges sur le sable.

 

Ange Leccia nous répond...

Je connais bien le travail de Laurent Grasso, et j’y reconnais les similitudes pointées par le texte entre mon travail et le sien, notamment dans éternel recommencement des choses. A la différence près que ce texte adopte plutôt un point de vue pessimiste face à l’érosion du monde, là où je vois une force positive dans cette façon dont le rivage naît de sa propre destruction. C’est surtout cet entre-deux entre la mer et le rivage, cette écume, comme une toile blanche sur laquelle va s’inscrire la trace de l’artiste, qui me fascine. A l’image de ces vagues qui s’échouent sur le rivage, les masses d’oiseaux dans le ciel de la vidéo de Laurent Grasso forment elles aussi des figures en mouvement, des symphonies visuelles qui se renouvellent sans cesse.

Laurent Grasso nous répond... en image

   La comète de Halley est sans doute la plus connue des comètes. Elle fut baptisée, en 1758, en l’honneur de l’astronome britannique Edmond Halley (1656-1742), qui fut le premier à déterminer sa périodicité. Les premiers passages de cette comète dans le ciel sont documentés depuis l’an 611 avant J.-C. dans des textes chinois. Halley avait prédit — ou calculé — qu’elle repasserait près de la terre en 1758.

  La comète de Halley, extrait de The Sidereal Messenger, Carleton College Observatory, Northfield, Minnesota, 1891.

 

 

 

VISUELS :

- Ange Leccia, La Mer (captures d’écran), 2001. Installation vidéo, boucle de 40min © Ange Leccia. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Almine Rech, Paris/Bruxelles

- Laurent Grasso, Les Oiseaux (captures d'écran), 2008. © Laurent Grasso. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de la galerie Chez Valentin, Paris.

 

Narration liante : Camille de Forges