LES 22 DESIGNERS : « Le motif, dans sa forme répétitive, se situe souvent entre attraction et répulsion »

A l’occasion de l’exposition REPEAT ME, les membres du collectif des 22 Designers ont présenté, autour des notions de motif et de répétition, l’originalité de leur travail graphique, dont ENTRE s’est ici emparé. Chacun à leur tour, ils nous expliquent leurs créations.



FRÉDÉRIQUE VERNILLET
Mon travail de recherche sur les animaux vient de mon attirance pour leur beauté naturelle, leur puissance, et leur pouvoir de fascination, mais aussi la peur qu’ils nous inspirent. C’est cette constatation qui m’a donné envie de mettre l’accent sur la question du rapport de force. Le désir de maîtrise absolue de l’Homme s’impose également dans l’expression du motif. Celui-ci permet de faire passer l’idée, expression de la tension, reflet d’une obsession.
La vue des animaux provoque des sentiments contraires, attirance et peur, tout comme le motif dans sa forme répétitive se situe souvent à la lisière de l’attraction et de la répulsion. C’est la cohabitation de ces sentiments contraires qui m’obsède. L’expression d’une limite à côtoyer sans jamais la franchir. Tout comme le sens d’une oeuvre perd ou non de sa force ou de sa valeur selon sa forme, ou en fonction de son support, la répétition d’un motif le place dans une nouvelle dimension, modifie le rapport que le spectateur va accorder au trait, à l’émotion ou au sens de la représentation. Faire cohabiter le dessin en tant qu’oeuvre, et sa répétition déclinée en tant que papier peint souligne cette dualité et questionne l’importance que l’oeil accorde au détail, au sens, à la puissance des images.

CÉLINE CHAPELAIN
Depuis un petit moment, j’imaginais mes dessins sur un autre support que le textile, sur du bois, l’envie de confronter mon écriture graphique à un bois brut, nervuré. Le rapport à la matière pour moi est primordial, j’adore la laine, le cuir, le bois, des matières que j’appelle « vivantes ».
Je n’ai pas trop réfléchi au pourquoi, ni comment, je me suis laissé guider par mes envies et j’ai réagi au fur et à mesure. J’aime réfléchir sur des « principes », des techniques, que ce soit pour réaliser des patrons ou comme ici, où j’ai dessiné mon motif dans un carré en cherchant à ce que la répétition de ce carré dessine une composition… un peu à la façon des azulejos.
Le résultat est un parquet en bois sur lequel j’ai sérigraphié le motif, avant de le vernir. J’ai appelé cela « Les Marais de Key West » en clin d’oeil au naturaliste Jean-Jacques Audubon.

AURÉLIA JOURIST
Mon travail consiste à produire un corpus d’images sous le nom de « Mappermondes », issus du codex podolien [la Podolie est une région d’Europe de l’Est, aujourd’hui située en Ukraine, ndlr]. Que reste-il du paradis podolien ? Je l’ignore. J’aime dessiner l’attente, l’évocation sereine d’un bonheur, des espaces suspendus, des volatiles perdus dans des paysages idylliques, une terre luxuriante en toute saison, dans un temps qui ne vieillit jamais, réconciliés avec la nature. Ce bestiaire attend, avec une ferme conviction, peut-être une ascension divine, un salut, ils ne font rien, ne produisent rien… ils attendent, qui, quoi, je l’ignore, ils marquent la fin ou le début de quelque chose.


THE VIOLA INSTITUTE
Je trouve que cela donne un sentiment d’énergie tout autre au motif, quand les formes naissent d’objets en mouvement. Je crois aussi que l’énergie du mouvement lui-même est capturée dans la forme, même si vous la fixez.
Le mouvement dans l’espace déforme également les formes et les couleurs de façon très intéressante ! Un joueur de football lambda peut se transformer en une forme abstraite véritablement complexe et puissante. Une rayure quelconque peut se transformer en une vague flottante et sensuelle aux ombres multiples.

TRISTAN BONNEMAIN
Intitulée Raymond & Mireille, l’installation présentée dans le cadre du salon REPEAT ME est à dominante noire et blanche, composée de papier peint, de bois laqué et de dix-huit illustrations encadrées. Ici nous est contée l’irruption d’une colonie de monstres bienveillants dans le quotidien tranquille d’un couple de personnes âgées. Ainsi le papier peint de la maison, d’inspiration classique, est-il peuplé de milliers d’envahisseurs. Ceux-ci vont se répandre jusque dans les bibelots et les tableaux peints par les habitants de la demeure. Un loup et un robot s’invitent, des arbres et d’autres plantes poussent également au milieu du salon, métamorphosant celui-ci en une forêt enchantée d’intérieur.

Propos recueillis par Thomas Lapointe