Oubliés

D’une œuvre à l’autre (sculptures, dessins, installations), le duo d’artistes Martine Feipel et Jean Bechameil interroge l’expérience et la perception de l’espace. A travers leur série de douze dessins découpés Dernier Souffle, ils évoquent la beauté des barres d’immeuble de banlieue dynamitées, s’effondrant dans un ultime sursaut. Dans sa série de photographies Olaf, Pierre Toussaint tente, avec pudeur, d’approcher un SDF ayant trouvé sur les bords du Rhône un ultime refuge, loin de l’agitation du monde qui l’a depuis longtemps oublié.

Alors quoi ? On rêve, on s'entête, puis on se résigne à accepter la simple vanité ? Oubliés, rejetés, écroulés. Tout n'était qu'utopie ?

Ils ont voulu le faire. Ils y ont cru dur comme fer : l'attente d'un monde parfait. Abandonner l'errance pour trouver sa place dans ce chaos enfin ordonné. L'équilibre appréhendé, tu as pu rejoindre la case qui t'était allouée. Ta chorégraphie s'est propagée dans ces constructions répétées, tes mouvements donnaient vie à ce monde rectiligne. Tu étais la manne céleste : un idéal d'avenir.

Mais le temps passe, tu as été déchu de ta place. Porté aux nues, tes élévations ne signalaient que ta ruine d'autant plus flagrante. Cette érection t'a conduit inéluctablement aux bas-fonds. Tout s'effondre. Aujourd'hui tu n'es plus qu'un espoir laissé pour compte. Tapi dans un recoin, tu es le constat amer de nos échecs.

Tu étais de poussière, comme le monde créé pour toi, et ensemble vous retournerez à la poussière. Demain est encore loin.

 

Pierre Toussaint réagit

« Rien ne se tait, rien ne se crie, tout se cramponne »

 

Martine Feipel et Jean Bechameil réagissent

« Nous avons eu un peu de mal avec ce texte, car pour nous il représente une vision où seul le pathos est présent. Dans notre travail, nous essayons de privilégier une approche plus poétique ou romantique, bien que le pathos y soit présent sous la forme d'une certaine nostalgie et d'une solitude. Les espaces que nous créons sont le plus souvent vidés de toute sentimentalité trop voyante, notre propos étant de créer les conditions nécessaires  à la rencontre entre un espace, son contexte, et la vision très personnelle du visiteur. Dans ce texte il est question d'une chute et d'une déchéance, et d’une référence biblique à la poussière à laquelle nous retournerions. Je pense que l'on pourrait aussi interpréter cela comme une forme de légèreté : la fragilité de tous étant ce qui nous les rend précieux. »

 

Narration liante : Aurélie Laurent

VISUELS :

- Pierre Toussaint, photographie extraite de la série Olaf, 2007. Avec l’aimable autorisation de l’artiste

www.pierretoussaint.com

- Martine Feipel & Jean Bechameil, Dernier souffle, 2013. Avec l’aimable autorisation de la galerie Gourvennec Ogor

www.feipel-bechameil.lu