THE VIOLA INSTITUTE : « Quand les formes naissent d’objets en mouvement, cela donne une énergie toute autre au motif »

Membre du collectif des 22 Designers, The Viola Institute, designer textile, s’est prêtée au jeu des questions/réponses, à l’occasion de l’évènement REPEAT ME, à Montreuil.

ENTRE Qui êtes-vous, Viola ?

The Viola Institute Je n’ai jamais voulu devenir designer textile. J’ai étudie l’anthropologie à l’université de Stockholm, et j’ai passé quelque temps à travailler sur le terrain au Japon et à Taïwan. Mais juste au moment où ça commençait à devenir sérieux, je me suis rendu compte que ce n’était pas ce à quoi je voulais que ma vie ressemble. J’étais attiré par le « monde créatif », c’est pour ça que j’ai déménagé à Paris pour suivre un cours de design graphique à LISAA.

Afin de financer mes études, j’ai travaillé à temps partiel au service de presse de Comme des Garçons, et c’est véritablement ce qui m’a poussé dans le monde du textile ! Pas seulement qu’il s’agit là d’une maison de mode véritablement inspirante, mais parce qu’aussi les mots « Comme des Garçons » font leur effet sur un CV et exerce une sorte de pouvoir mystique sur les gens de la mode.

Depuis j’ai travaillé en tant que designer textile pour Uniqlo et Kenzo Homme, ainsi qu’en free lance pour un certain nombre d’autres designers.

ENTRE Parlez-nous de votre travail de designer et de vos sources d’inspiration…

TVI Je réalise des images répétées, ou toute image prête à être imprimer sur du textile. Jusqu’ici principalement pour la mode ou le prêt-à-porter.

Concevoir des motifs offre toute un panel de techniques possibles à expérimenter, afin d’obtenir la bonne texture. Il me semble que j’ai été attrapée par les stylos (de toutes sortes) et la vidéo. J’ai commencé à utiliser la vidéo dans le but de capturer des formes, que je retravaille ensuite afin de les rendre imprimables. Je trouve que cela donne un sentiment d’énergie tout autre au motif, quand les formes naissent d’objets en mouvement. Je crois aussi que l’énergie du mouvement lui-même est capturée dans la forme même si vous la fixez.

Le mouvement dans l’espace déforme également les formes et les couleurs de façons très intéressantes ! Un joueur de football lambda peut se transformer en une forme abstraite véritablement complexe et puissante. Une rayure quelconque peut se transformer en une vague flottante et sensuelle aux ombres multiples.

Et le meilleur, avec ces techniques, c’est que je n’ai pas besoin d’être Van Gogh ou Lucian Freud (bien que j’aurais adoré) pour accomplir un dessin. La nature et la science travaillent pour moi ! Et à travers moi…

Il y a également cet élément de surprise qui est exaltant. Je pourrais choisir un objet pour n’importe quelle raison et diriger mon objectif vers lui. Je fais une série de choix assez librement, mais au final je n’ai aucune idée de quels motifs apparaitront. Tout à coup, il est là (avec un peu d’aide de mon ordinateur). Il me donne l’impression d’être un magicien. Ensuite je n’ai plus qu’à essayer de faire de ce motif un objet commercial.

J’essaie de ne pas trop réfléchir. Mais je le fais quand même, et ça à tendance à semer la pagaille !

ENTRE En quoi consiste votre installation réalisée pour l’évènement REPEAT ME ?

TVI Pour REPEAT ME, j’ai simplement utilise des motifs et formes naturelles complexes et (selon moi) incroyables, créées à partir de la lumière en mouvement, dont j’ai ensuite fait une projection vidéo. Si l’on fixe son regard sur certaines de ces chorégraphies, cela vous donne une impression de transe. J’ai également créé des dessins textiles à partir de ces projections, qui sont en vente dans la boutique de l’évènement. Pour un bon prix (au, du moins, on peut en discuter).

ENTRE C’est la première fois que le 22 Designers Show sera ouvert au grand public, qu’attendez-vous de cette rencontre avec le public ?

TVI J’aime les surprises !

ENTRE Avez-vous entièrement conçu cette installation de votre côté, ou y a-t-il eu échange avec les autres membres des 22DS ?

TVI Je n’ai pas travaillé avec d’autre membre des 22 Designers sur ce projet. Mais d’un autre côté, faire partie de la « communauté du textile », et être entourée de leur énergie et de leur motivation, c’est quelque chose de très important pour moi. Nous suivrons chacun ce que fait l’autre, nous créons des possibilités et des buts afin de pousser encore plus loin notre travail personnel, comme REPEAT ME, par exemple ! C’est facile de perdre son identité à cause des demandes des clients du textile, c’est pour ça que les 22 Designers sont un phénomène bénéfique et libérateur, où des choses intéressantes peuvent se passer !

ENTRE Des artistes/graphistes/designers que vous aimez tout particulièrement et qui éventuellement vous inspire ?

TVI Voilà une poignée de noms de gens que j’admire et par qui je suis influencée.

Tove Jansson (l’auteur des Moomins) et les Moomins pour leur bon sens de l’humour et leur grande humanité à la façon scandinave, les danseurs de Butô et la danse Butô car elle me sensibilise à moi-même et m’apprend à ne pas avoir peur de l’incertitude et du côté obscur des choses. John Cage parce que je le trouve très intelligent et qu’il dit des choses qui font leur petit chemin, jusque dans mon corps ! Les années 1970 et 1980 en général, Nick Cave, Warren Ellis, PJ Harvey, et Syd Barrett. Tom Waits. Ils sont géniaux. Francis Bacon et Marlene Dumas parce que leur peinture est géniale, celles de Munch, Bosch and Bruegel également. Daniel Clowes et Charles Burns (des auteurs de bandes dessinées) pour leurs histoires merveilleusement tortueuses et leur beau travail. Duchamp parce que c’est Duchamp et Man Ray tout particulièrement pour ses expérimentations cinématographiques. Les surréalistes, vraiment. A un moment, l’année dernière, je me suis rendue compte que j’étais une surréaliste de cœur et d’esprit – même si ça ne se voit pas forcément dans mon travail. Richard Feynman, un spécialiste de la physique quantique, car il me fait voir l’agitation des atomes dans tout, et je voudrais également l’épouser s’il n’était pas mort… Victor Wooten (un bassiste) qui, en jam-session, envoie tout un tas de vibrations. Je suis également très influencée par les constructivistes dans mon travail de design et de graphisme. Stanley Kubrick m’inspire à être une perfectionniste dévouée, et David Lynch est merveilleux. Ingmar Bergman (réalisateur suédois) et August Strindberg (écrivain suédois), parce qu’ils sont suédois et parce qu’ils me donnent l’impression d’en être et de vouloir en être. Daniel Salzmann, bien évidemment, sans parler d’Astrid Lindgren. Et puis il y a tout les contes japonais avec lesquels j’ai grandi.

Retrouvez tout son univers sur www.theviolainstitute.com

 

Propos recueillis par Thomas Lapointe