ENTREtien. Une personnalité se dévoile.

BROOKS SHANE SALZWEDEL : "Je crée des environnements naturels dans lesquels je place des reliques de l’existence humaine."

C’est d’abord une incompréhension qui nous saisit face aux paysages composés par Brooks Shane Salzwedel. Incompréhension quant à la technique employée par l’artiste pour créer cette atmosphère si particulière, brumeuse, enveloppante, intime. On devine plusieurs strates de dessins qui se superposent et confèrent une incroyable profondeur à l’œuvre, invitant le spectateur à y pénétrer. Et l’on se dit qu’avec intelligence Brooks Shane Salzwedel a su faire siennes des techniques anciennes, réinterprétant (peut-être involontairement) celle de la laque chinoise et ses multiples couches de résine qui donnent de l’intensité, ou celle du glacis de la Renaissance qui, en alliant des couches de peintures opaques et translucides, donne vitalité aux chairs et transparence aux étoffes.

PHILIPPE COGNEE : "La beauté se trouve dans la fragilité, et non dans l’assurance ou la perfection"

Elles semblent prises sous une fine couche de glace. Pourtant les oeuvres de Philippe Cognée sont loin d’être figées, plutôt emportées même. Par un geste final qui n’appartient qu’à lui, l’artiste va jusqu’à effacer sa propre trace de peintre. Il défait le travail accompli. Il floute les formes minutieusement construites en chauffant au fer à repasser la peinture à la cire appliquée sous un film plastique. Le résultat lui échappe. Comme le fugitif balaie les traces pour éviter qu’elles ne mènent jusqu’à lui, c’est en brouillant ses compositions que Philippe Cognée s’affirme. Libre.

DOROTHEE DAVOISE : "Je m’intéresse à l’empreinte laissée par la présence humaine"

Des paysages à l’atmosphère étonnamment douce et d’où l’homme est étrangement absent. Des bâtiments, des routes, des montagnes, des bords de mer… et cette impression, paradoxale (et entêtante) que, derrière le vide apparent, ces paysages sont pourtant « remplis ». Mais de quoi ? Pour sa série de photographies « Topos », Dorothée Davoise, récemment récompensée du prix SFR Jeunes Talents et exposée au BAL, a parcouru la Grèce puis la Turquie, sur les traces de ses origines maternelles. Un prétexte pour capturer l’empreinte de l’homme sur le paysage, dans un geste esthétique où le questionnement photographique rejoint le questionnement sculptural, deux médiums pratiqués par cette diplômée des Beaux-Arts de Paris.

CHRISTIANE SEIFFERT : "Je deviens cette autre chose"

Quelque chose nous a intrigués tout de suite dans son travail. Pourtant un procédé simple en soi. D’un côté une carte postale lambda, de l’autre une photographie où l’artiste se met en scène pour reproduire ce qui est présenté sur la carte. Un face à face. Une longue série avec des objets, des animaux, des plantes, des lieux d’un côté et, de l’autre, l’artiste qui les imite. Drôle, absurde, pourrait-on croire. Mais non, car Christiane Seiffert ne triche pas, elle ouvre son empathie et se met totalement à la place de. Ce qu’elle imite, ce ne sont pas les choses, mais la personnalité qu’elle voit dans ces choses. Une interprétation qui dépasse la simple reproduction des formes. Une exploration de la chose en soi au-delà de l’apparence… Enfin selon sa version, ou plutôt sa vision des choses, justement. Je reprends donc mon intro, pardon, Christiane reproduit non pas ce qui présenté sur la carte, mais dans la carte. Et nous qui nous demandions pourquoi ce travail nous avait plu…


ERWAN BOUROULLEC : "Nos objets doivent pouvoir se reconfigurer dans un contexte"

Depuis la fin des années 1990, les designers Ronan et Erwan Bouroullec élaborent des meubles et des objets pour des maisons d’édition comme Vitra, Kvadrat, Ligne Roset, Alessi ou Cappellini, avec, pour maîtres mots, fonctionnalité et confort. Le plus jeune des deux frères, Erwan, nous reçoit dans leur atelier pour évoquer leur travail qui, à travers les notions de modularité, de combinatoire et de flexibilité, questionne nos usages quotidiens.

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