ENTRE et la peinture

BIENNALE DE LYON 2015 : Autopsie de la vie moderne

Deux ans après Gunnar B. Kvaran, directeur du musée d’art contemporain Astrup Fearnley à Oslo, c’est à Ralph Rugoff, directeur de la Hayward Gallery à Londres, que Thierry Raspail, directeur artistique de la Biennale de Lyon, a confié les manettes de cette édition placée sous le signe de la  vie moderne. « Moderne » : le terme a une longue histoire et prend de multiples significations selon les époques, ce que Thierry Raspail explique lui-même très bien dans son édito, nul besoin de faire de la paraphrase. En revanche, à une époque où il n’est plus question que de contemporain, cette Biennale 2015 s’interroge sur un étonnant « retour du Moderne ». Voilà le point de départ. 

FELICE VARINI - Suite en échos de couleurs

Entre la Cité de la musique et le Zénith, les pièces picturales de Felice Varini réorchestrent la Villette en suites. Ce peintre atypique éclate le traditionnel cadre de la toile en une symphonie de couleurs et de formes, déployée en anamorphose dans les trois dimensions de l’espace. De la grande halle rythmée d’arcs orangés aux salles du pavillon Paul-Delouvrier, chorégraphiées de figures géométriques colorées, le spectateur se bal(l)ade dans de métamorphiques tableaux, partitions de musique visuelle aux mille résonances possibles.

Etreintes brisées : Géraud Soulhiol vs. Hubert Robert

Dans ses dessins au porte-mine de la série Arena6)Géraud Soulhiol dévoile des édifices hybrides fourmillant de détails, où s’entrechoquent architectures réelles et inventées. Des fantaisies minutieuses comme autant de vestiges de civilisations ultérieures déjà disparues. Au XVIIIe siècle, Hubert Robert, qu’on surnommait le « peintre des ruines », se fit quant à lui une spécialité dans la représentation de paysages imaginaires (les capricci) inspirés de son voyage en Italie, où les constructions de pierre abîmées par le temps restent empreintes d’une poésie nostalgique. Chez l’un comme chez l’autre, ces utopies architecturales blessées mêlent passé et présent, et tendent vers un futur incertain.

GEORGES ROUSSE - Du vertige topographique au vestige photographique

A l’occasion de l’exposition Utopies partagées, les murs du Plateau se partagent en autant de fenêtres ouvertes sur un imaginaire utopiste. Sur les clichés grand format, issus de trente années de travail à travers le monde, de Bourgoin-Jallieu à Bombay, en passant par Palerme, Houston, Montréal, se télescopent les multiples talents artistiques de Georges Rousse,  photographe mais aussi architecte, sculpteur, dessinateur… et poète, métamorphosant le réel le plus brut à travers le filtre de l’anam-or-phose. Au cœur des « lieux vides », selon les mots mêmes de Georges Rousse, qu’il investit – bâtisses désaffectées, cellules de prison,  théâtre calciné ou bidonvilles –, son subjectif objectif perce des trouées de rêve. Voyant, au sens poétique du terme, Georges Rousse accomplit de vestigineuses métamorphoses, du hasard d’un vestige au vertige de son regard.

MICHAËL BORREMANS : "Je suis comme un pompier, quand il y a un feu je dois y aller"

Michaël Borremans dégage ce quelque chose qui fait qu’il plaît. On aime son accent belge, ses tournures de phrases. Un peu caustique et très franc à la fois. Un artiste qui guette son œuvre, jusqu’à ce qu’elle l’étonne. Qu’il y ait cette distance qui s’installe, qui l’emporte ailleurs. Une œuvre qui vaille pour la représentation, l’illusion de ce qu’elle présente et qui ouvre en même temps sur autre chose. C’est lorsque l’image renvoie à plusieurs signifiés qu’en émane une puissance évocatrice complexe. Borremans fait en sorte d’accueillir l’œuvre en lui. Un rituel, un lieu et… il attend. Il attend jusqu’à ne plus pouvoir tenir, jusqu’à ce que la jouissance créative le déborde. Et là on touche au sacré.

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