ENTRE et la peinture

Marion Balac / Sylvia Plath

"Les lavis bleus de l'aube se diluent doucement.

Posé sur son buvard de brume

Chaque arbre est un dessin d'herbier –

Mémoire accroissant cercle à cercle

Une série d'alliances."

Destruction naturelle : Sandra Plantiveau vs. Piet Mondrian

Fruit d’un geste long et minutieux, les dessins de Sandra Plantiveau sont des explorations immersives de la matière. Matières minérales et végétales (pierres, écorces de bois…) qu’elle représente, mais aussi matière même du dessin : fibres du papier comme grain du crayon. À travers une série de peintures d’arbres, Piet Mondrian fut, lui, un des premiers à s’affranchir de la figuration. À la représentation naturelle des choses, il préfère la « représentation des lois qui tiennent la matière ensemble ». L’un comme l’autre se jouent de la frontière toujours plus ténue avec l’abstraction.

Du vestige topographique au vertige photographique

Quand le train de 11 h 53 pour Lyon quitta le quai de la gare sous mes yeux effarés, je crus un instant que les utopies de Georges Rousse seraient partagées sans moi ! Mais qu’importe le wagon pourvu qu’on ait la très-grande-vitesse ! Un autre train et quelques heures plus tard, me voilà face aux cloisons immaculées du Plateau lyonnais, où les photographies en grand format, issues de trente années de travail à travers le monde, nous projettent dans le regard de Georges Rousse ou plutôt dans sa voyance de poète. Cellules de prison, bâtisses et appartements abandonnés, théâtre brûlé, bidonvilles nous apparaissent soudain dans un éclat de beauté inattendu. L’anamorphose, ouvrant au cœur du cliché tour à tour un cercle bleuté, un carré rougeoyant de flammes, une étoile noire ou encore un kaléidoscope multicolore, rompt le « cliché » de ces lieux voués à disparaître dans l’indifférence générale. Elle creuse dans le vestige un vertige. Georges Rousse grave dans la lumière une réalité « rugueuse à étreindre » l’empêchant de s’éteindre. Son objectif découpe une brèche subjective dans le monde, et nous révèle ce que recèle le réel.

FRANCOIS MORELLET : "Je me suis toujours méfié des génies"

A 88 ans, François Morellet, éminent membre de la corporation des Rigoureux Rigolards, persiste et signe : il n’y a pas plus de génies que de mystère de l’art. Pour lui qui vient de réaliser sa 135e intégration architecturale au Palais-Royal, seul compte le spectateur, celui qui regarde et donne du sens à l’œuvre. Entretien en toute simplicité avec cet adepte de l’autodérision fan de Devos et d’Alphonse Allais.

Tentations topographiques : Armelle Caron vs. Johannes Vermeer

De ses voyages, Armelle Caron ramène des plans de villes et de territoires, autant d’images dont elle se plaît à détourner le système de représentation, et à faire éclore la poésie visuelle. Dans ses intérieurs bourgeois, Johannes Vermeer, en accord avec les découvertes de son temps, introduit des cartographies, objets de décoration et fenêtres ouvertes sur le lointain et l’imaginaire. Et la carte géographique devient rêverie.

Pages