ENTRE et la photographie

Oubliés

D’une œuvre à l’autre (sculptures, dessins, installations), le duo d’artistes Martine Feipel et Jean Bechameil interroge l’expérience et la perception de l’espace. A travers leur série de douze dessins découpés Dernier Souffle, ils évoquent la beauté des barres d’immeuble de banlieue dynamitées, s’effondrant dans un ultime sursaut. Dans sa série de photographies Olaf, Pierre Toussaint tente, avec pudeur, d’approcher un SDF ayant trouvé sur les bords du Rhône un ultime refuge, loin de l’agitation du monde qui l’a depuis longtemps oublié.

Gianluca Gamberini - Réminiscences

Ayant travaillé en tant qu’assistant-réalisateur pour de grosses productions hollywoodiennes ou des films d’auteur (Woody Allen, Spike Lee), c’est dans ce contexte que Gianluca Gamberini a commencé à photographier les décors abandonnés de Cinecittà, mythique studio de cinéma italien aujourd’hui menacé de fermeture, mais où semblent pourtant encore planer les âmes de ceux qui ont fait les grandes heures du septième art à l’italienne. Au cœur de ses architectures de pacotille, illusion et réalité se confondent, dans un soupçon de nostalgie.

Voyage d'hiver - Abbas Kiarostami

Cinéaste iranien palmé à Cannes et reconnu dans le monde entier, Abbas Kiarostami est aussi photographe et poète. De ses photographies en noir et blanc de paysages enneigés se dégage un minimalisme poétique entre réel et irréel. Un voyage d’hiver où l’artiste ne cherche rien d’autre que « d’éprouver du bonheur au milieu de la nature ».

Thomas Ruffalo - Généalogie

Pour mieux définir ce qui le pousse à prendre des photos, Thomas Ruffalo cite volontiers cette phrase extraite de L’été dernier. Manifeste photobiographique de Claude Nori et Gilles Mora : « A la question paralysante que se posent beaucoup d’entre nous : "Que photographier ?" Nous répondons simplement : notre vie, les crêtes qui peuvent trancher l’horizon plat de l’existence. James Joyce appelait cela des épiphanies.»

Du vestige topographique au vertige photographique

Quand le train de 11 h 53 pour Lyon quitta le quai de la gare sous mes yeux effarés, je crus un instant que les utopies de Georges Rousse seraient partagées sans moi ! Mais qu’importe le wagon pourvu qu’on ait la très-grande-vitesse ! Un autre train et quelques heures plus tard, me voilà face aux cloisons immaculées du Plateau lyonnais, où les photographies en grand format, issues de trente années de travail à travers le monde, nous projettent dans le regard de Georges Rousse ou plutôt dans sa voyance de poète. Cellules de prison, bâtisses et appartements abandonnés, théâtre brûlé, bidonvilles nous apparaissent soudain dans un éclat de beauté inattendu. L’anamorphose, ouvrant au cœur du cliché tour à tour un cercle bleuté, un carré rougeoyant de flammes, une étoile noire ou encore un kaléidoscope multicolore, rompt le « cliché » de ces lieux voués à disparaître dans l’indifférence générale. Elle creuse dans le vestige un vertige. Georges Rousse grave dans la lumière une réalité « rugueuse à étreindre » l’empêchant de s’éteindre. Son objectif découpe une brèche subjective dans le monde, et nous révèle ce que recèle le réel.

Pages